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Vincent HÄNNI, à gauche et Gabriel SCOTTI, Musiciens Elise GAUD de BUCK, Graphiste Carlos IBAÑEZ, Ingénieur du son Liliana RINCON, Directrice de production en Colombie Marc IRMER, Producteur France Sebastien AUTRET, Directeur de postproduction Hollman MORRIS à droite et Alexander RESTREPO, le cameraman Sergio MEJIA, Directeur de photographie Isabelle GATTIKER, Productrice Suisse Carlos IBAÑEZ, Ingénieur du son Ana ACOSTA, Monteuse José FLOREZ, Prise de sons additionnels De gauche à droite: Laurent DUTOIT, José-Michel BUHLER, De gauche à droite: Stéphanie BARBEY, Luc PETER, |
Hollman Morris, 39 ans, journaliste ColombienMorris couvre depuis plus de 15 ans le conflit armé interne en Colombie, avec une attention toute particulière portée sur le thème des droits de l’homme. Depuis 2002, il est le producteur et réalisateur de l’émission Contravia (à rebours). À travers des dizaines de reportages de 25 minutes, Hollman Morris a filmé les plus graves atteintes aux droits de l’homme en Colombie, ce qui forme l’une des archives vidéo les plus importantes sur l’histoire récente du pays. L’émission a été soutenue par l’Union Européenne, par l'Open Society Institute, par le Canada, par le Royaume-Uni et par les Pays-Bas. Il a reçu en novembre 2007 l’un des prix les plus prestigieux au monde : le Human Rights Watch Defender Award. La Colombie, une dynamique de l'autocensure(Juin 2007) Selon «Reporters sans frontières», la Colombie demeure l’un des pays les plus dangereux au monde pour l’exercice du journalisme. Bien que le nombre d’assassinats ou d’enlèvements ait baissé au cours de ces trois dernières années, la capacité de pression des forces obscures (guérillas, paramilitaires, narcotrafiquants, politiciens, fonctionnaires corrompus) à l’encontre des journalistes a fini par l’emporter et demeure intacte. Ainsi, dans maintes régions du pays, les atteintes les plus aberrantes sont perpétrées contre la dignité humaine dans un silence complice. Car les journalistes et leurs employeurs préfèrent se taire, parler d’autre chose et se justifier en disant: « ici, beaucoup de gens sont déjà morts pour dénoncer et, de toute façon, la justice ne fonctionne pas, les bourreaux occupent des positions de pouvoir, et le peuple est fatigué de ces histoires; il veut à présent se reposer... » Cette dynamique de l’autocensure, ainsi qu’une crise économique importante à la fin des années quatre-vingt-dix ont réduit considérablement la liberté de la presse en Colombie. Sur les trois quotidiens de circulation nationale en 1999, on en compte aujourd’hui plus qu'un seul, El Tiempo, qui appartient aux familles du vice-président de la république et du ministre de la défense. Dans ce journal, les dépêches qui rendent compte de l'impact du conflit armé sur la population civile sont rédigées, la plupart du temps, à partir des bulletins officiels du Ministère de la Défense et par des journalistes basés généralement à Bogota, loin des zones en conflit. À préciser également que le langage utilisé dans la rédaction de ces bulletins de guerre fait écho de la politique de sécurité du gouvernement actuel; ainsi par exemple, une interprétation qui, ignorant les 4 millions de réfugiés internes à cause du conflit, s’obstine à parler de menace terroriste et non pas de conflit armé interne. Il est vrai que cet unique quotidien publie également des articles de journalistes plus critiques envers le régime, qui dénoncent la crise humanitaire vécue par la population civile, et qui s’aventurent dans des analyses sérieuses. Mais elles ne sont publiées que dans les pages éditoriales, qui sont lues par une minorité. Ajoutons que le journal est édité à 200’000 exemplaires dans un pays qui compte 28 millions d’adultes! Une guerre "lointaine"Ces dernières années, la révolution dans l’univers de la télévision d’information a été de taille : les émissions journalistiques ou documentaires chargées de couvrir le conflit interne sur le terrain ont totalement disparu -à l’exception de CONTRAVIA, bien entendu. Il existe actuellement des émissions d’opinion, des entretiens ou des débats sur deux des trois chaînes nationales. On y aborde parfois la question de la guerre en Colombie, mais de loin, sans montrer des images du terrain. Ainsi, l’effet produit chez le spectateur face à ce genre de débats aseptisés donne à croire que la guerre est lointaine, et que finalement elle n’est pas si terrible que ça. Parce que même si le sujet du débat reste macabre – par exemple, le massacre de tout un village –, les images qui parviennent aux spectateurs sont neutres: des gens instruits et bien habillés sont assis autour d’une table dans un studio de télévision, avec en arrière-plan la vue nocturne d’une grande ville. Pour finir, les journaux télévisés se sont pliés à la thèse qui prétend que le peuple est fatigué de voir des morts et qu’il faudrait également parler des aspects positifs du pays; ainsi, 70% du contenu de chaque journal télévisé est dédié à couvrir le sport, le show-biz local et les histoires "positives ou amusantes" de la politique nationale. L'émission CONTRAVIAC’est dans ce tourbillon d’absence d’images sur l’autre Colombie (celle de la guerre et ses victimes) que CONTRAVIA a été créée par Hollman Morris. Des peuples indigènes, des Colombiens d’origine africaine, des paysans, des leaders communautaires et des victimes des crimes impunis de la guerre ont ainsi eu droit de cité sur les écrans de télévision. Leurs drames et leurs histoires ont pu être connus du public. Mais cette autre réalité ne fait pas de bonne publicité pour le pays, et Hollman Morris a commencé à recevoir des menaces, surtout lorsque certains épisodes de l’émission ont permis de rouvrir des enquêtes judiciaires contre des officiers de l’Armée ou des fonctionnaires publics impliqués dans des cas de violations des droits de l’homme. Il fut alors mis sur écoute par les autorités policières, l’émission fut suspendue, puis diffusée à nouveau dans un créneau horaire moins favorable. Il reçut par la suite des menaces contre sa famille, ce qui donna lieu à une nouvelle interruption, suivie d’un bref séjour à l’étranger, puis reprise de la diffusion de la série dans un créneau horaire encore plus défavorable que le précédent. S’ensuivirent des prix internationaux, une mauvaise publicité pour le pays, des menaces plus persistantes, un gouvernement nouvellement réélu hostile à la critique, le lent désengagement de l’UE dans les programmes de promotion de la démocratie et de recherche de la paix en Colombie, et finalement... peut-être la fin de l'émission. Lors de la remise du «Prix International de la Liberté de la Presse» (Canadian Journalists for Free Expression, Toronto 2006), Hollman déclarait dans son intervention: «Dans le contexte international, la Colombie représente une de ces zones grises pour lesquelles il n'apparaît pas de solution. Un de ces conflits interminables qui ne font recette ni auprès des médias, ni auprès des pouvoirs publics, et finissent par tomber dans l'oubli. Pour nous, les journalistes issus de ces zones grises, on sait à quel point nos paroles peuvent sauver des vies et qu’il ne s’agit pas seulement de la vie et de la mort de nos compatriotes, mais de la vie et de la mort de l’Humanité tout court. Comme disait Anna Politkovskaïa: «C'est de nous tous qu'il s'agit.» HOLLMAN MORRISPROGRAMA CONTRAVIA MORRIS PRODUCCIONES EMISSIONS DE CONTRAVIA www.youtube.com/user/morrisproducciones PARTENAIRES DU FILMINTERMEZZO FILMS DOLCE VITA FILMS TELEVISION SUISSE ROMANDE SSR SRG IDEE SUISSE CENTRE NATIONAL DE LA CINEMATOGRAPHIE DIRECTION DU DEVELOPPEMENT ET DE LA COOPERATION REPUBLIQUE ET CANTON DE GENEVE / Culture REPUBLIQUE ET CANTON DE GENEVE / Solidarité internationale VILLE DE GENEVE FONDS REGIO FILMS / REGIO DISTRIB EARTHLING PRODUCTIONS POUR-CENT CULTUREL MIGROS AMNESTY INTERNATIONAL LA LOTERIE ROMANDE SWISS FILMS AGORA FILMS EUROZOOM CINEPHIL WORLD SALES L'EQUIPE DU FILMGABRIEL SCOTTI & VINCENT HÄNNI / Musiciens ERIC FRECHOU / Etalonnage FRED BIELLE, ELISON / Post-production son LIBERTE DE PRESSEFUNDACION NUEVO PERIODISMO IBEROAMERICANO MEDIOS PARA LA PAZ FUNDACION PARA LA LIBERTAD DE PRENSA REPORTERS SANS FRONTIERES FEDERATION INTERNATIONAL DES JOURNALISTES INTERNATIONAL PEN ARTICLE 19 COMMITTEE TO PROTECT JOURNALISTS JOURNALISTES CANADIENS POUR LA LIBERTE D’EXPRESSION ECHANGE INTERNATIONAL DE LA LIBERTE D’EXPRESSION INTERNATIONAL MEDIA SUPPORT PRESSE COLOMBIENNEREVISTA SEMANA PERIODICO EL TIEMPO PERIODICO EL ESPECTADOR REVISTA EL MALPENSANTE REVISTA ARCADIA LA HOJA CORPORACION NUEVO ARCO IRIS AGENCIA PRENSA RURAL ACTUALIDAD COLOMBIANA INDYMEDIA COLOMBIA COLOMBIE, DROITS DE L’HOMMECOMISION COLOMBIANA DE JURISTAS CONSULTORIA PARA LOS DD.HH. Y EL DESPLAZAMIENTO CENTRO DE INVESTIGACION Y EDUCACION POPULAR MOVIMIENTO NACIONAL DE VICTIMAS DE CRIMENES DE ESTADO CORPORACION COLECTIVO DE ABOGADOS CORPORACION AVRE FUNDACION IDEAS PARA LA PAZ COORDINACION COLOMBIA-EUROPA-ESTADOS UNIDOS EQUIPO NIZKOR www.derechos.org/nizkor/colombia PLANETA PAZ ORGANIZACION NACIONAL INDIGENA DE COLOMBIA COLOMBIE, INSTITUTIONSPRESIDENCIA DE LA REPUBLICA VICEPRESIDENCIA DE LA REPUBLICA MINISTERIO DEL INTERIOR Y DE JUSTICIA www.mininteriorjusticia.gov.co MINISTERIO DE DEFENSA NACIONAL FISCALIA GENERAL DE LA NACION PROCURADURIA GENERAL DE LA NACION DEFENSORIA DEL PUEBLO De nationalité suisse et colombienne, Juan José Lozano, né en 1971, s’est formé à l’Université Nationale de Colombie. Producteur et réalisateur indépendant, il a tourné de séries documentaires de télévision pour le Ministère de la Culture colombien entre 1994 et 1998. En 1998, il s’installe à Genève où il réalise plusieurs films engagés touchant aussi bien à sa ville d’accueil – l’immigration et l’intégration des jeunes étrangers à Genève dans Un train qui arrive est aussi un train qui part, 2003 –, qu’au conflit armé en Colombie, dont il décrypte les effets sur la population (Le bal de la vie et de la mort, 2001 ou Hasta la última piedra, 2006). Parallèlement, Juan José Lozano travaille comme vidéaste sur des projets scéniques d’Omar Porras ou de Marielle Pinsard, et avec Philippe Macasdar au Théâtre St-Gervais à Genève. En 2006, pour mon film précédent, j'ai cherché des images d'archives récentes sur le conflit armé en Colombie. L'entreprise s'est avérée beaucoup plus compliquée que prévu : en effet, dans l'un des pays les plus violents au monde, les journaux télévisés ont tout simplement cessé de montrer la guerre, les déplacements de population, la misère. Par lassitude, par censure, par paresse intellectuelle, pour faire de l'audimat, les émissions d'actualité ont laissé place au show-business. C'est alors que j'ai rencontré le seul reporter qui documente encore les atteintes aux droits de l'homme dans les campagnes colombiennes : Hollman Morris. Il m'a parlé de son émission de télévision Contravia, diffusée au beau milieu de la nuit dans l'indifférence générale. Il m'a raconté sa lutte pour la faire exister, des pressions subies par son travail. Des pressions familiales, aussi. Quelques mois plus tard, j'apprends que Contravia risque d'être retirée d'antenne, faute d'audience et de financement. L'idée que plus personne en Colombie ne témoigne des exactions quotidiennes commises par les guérillas, l'armée et les paramilitaires m'a semblé intolérable. Je décide alors de le suivre pendant plusieurs mois avec une petite équipe de tournage, de raconter sa vie, son engagement, sa famille. Je ne voulais pas d'une hagiographie, et j'ai tenté de faire le portrait sincère d'un homme, de ses grandeurs, ses faiblesses, son courage et ses doutes. L'histoire racontée dans Témoin indésirable se passe en Colombie, mais elle se déroule chaque jour ailleurs sous d'autres formes: partout où les journalistes subissent des pressions quotidiennes, partout où certains hommes et femmes décident de s'engager pour le respect des droits de l'homme, mais aussi partout où il est difficile de concilier une vie professionnelle passionnante avec une vie de famille. En fait, sous de nombreux aspects, l'histoire de Hollman Morris se déroule chaque jour ici, ailleurs, tout près de chez nous. C'est ce qui fait, je pense, sa force. Juan José Lozano Quel a été le point du départ de ce film ? En 2006, alors que je vivais à Genève depuis plusieurs années, je suis retourné en Colombie pour tourner "Jusqu’à la dernière pierre", un documentaire sur une communauté de paysans dans une zone stratégique de guerre en Colombie. Pour le montage du film, j’avais besoin d’images d’archives sur les combats survenus dans cette zone, mais je me suis heurté à une réalité dévastatrice : les patrons des journaux télévisés avaient décidé de ne plus envoyer de reporters dans les « zones chaudes » et il ne semblait y avoir aucune image d’archive disponible sur les exactions commises durant les dernières années à travers le pays. La guerre avait littéralement disparu des écrans de télévision. Mes recherches m’ont alors conduit chez Hollman Morris, un journaliste avec lequel j’avais collaboré pendant mes années d’études et qui s’avérait être le seul à disposer d’images sur le conflit et les atteintes aux droits de l’homme au cours des dernières années en Colombie. Hollman m’a ouvert ses archives, m’a offert les images dont j’avais besoin et m’a montré des épisodes de son émission hebdomadaire Contravia. Quelques mois plus tard, il m’écrit pour m’annoncer que son émission n'est plus diffusée faute de financement. Je décide alors de raconter son histoire. Comment s’est opéré le choix de l’angle pour raconter cette histoire ? L’anecdote de l’absence des images d’archives récentes m’a servi pour regarder l’histoire présente de la Colombie autrement. Pendant que j’étudiais le sujet d’absence d’images, j’étais effrayé à l’idée d’un pays sans histoire et sans mémoire. Impossible de ne pas penser à Georges Orwell et sa société totalitariste lorsque je constatais la métamorphose des grands médias colombiens en appendice du gouvernement sur place. Mais, mon intention de départ était simple : je voulais faire un film pour défendre la liberté de la presse en Colombie, qui est l’un des pays les plus dangereux au monde pour l’exercice du journalisme. Il y avait urgence, car l’émission d'Hollman devait arrêter six mois plus tard, ce qui nous obligeait à tourner vite. Mais je me suis tout de même donné le temps de plonger au plus profond de la vie de cet homme, d’étudier le phénomène de la censure et de l’autocensure dans le pays, et de tenter d’analyser le rôle des médias en tant que brouillons de l’histoire dans les sociétés modernes. Et ce travail pénible, théorique, hasardeux, fait à des milliers de kilomètres de mes lieux de tournage, m’a permis au bout d’un moment de commencer à entrevoir clairement les fils de mon histoire : la Colombie et sa situation déplorable en matière de droits humains et de liberté de la presse n’allait pas être le centre de l’histoire, mais le cadre dans lequel mon personnage allait évoluer. De ce fait, Hollman m’intéressait non seulement en tant que le journaliste courageux et engagé qu’il fallait protéger, mais aussi – et surtout ! – en tant qu’homme normal qui habille ses enfants le matin, qui les amène à l’école, qui vit avec sa compagne les tracas de la vie quotidienne. Le tournage du film s’est déroulé à un moment charnière de sa vie, un moment où, il comprend que tôt ou tard les pressions constantes et la présence de ses enfants vont l’amener à choisir entre son engagement pour son métier et celui, non moins important, pour sa famille et sa vie personnelle. Le climat était également très tendu à cause des élections régionales en Colombie, ce qui a engendré des mouvements d’hostilité envers les personnes critiques à l'encontre du régime du président Uribe, dont fait parti Hollman. Est-ce un film sur la Colombie, le journalisme, ou sur l’engagement ? C’est un film sur la vie d’un homme, d’un homme réel. Elle se déroule en Colombie, et dans ce sens c’est aussi une histoire sur la Colombie, mais cette histoire pourrait se dérouler, avec des variantes, dans beaucoup d’autres pays où les journalistes subissent des pressions de toutes sortes. Mais à mon avis, il ne s’agit pas seulement de l’histoire d’un journaliste, ça va plus loin; pour moi c’est l’histoire d’un citoyen, sur notre rôle en tant que membres d’une société. Sur le concept d’engagement dans un monde où il tend parfois à perdre de son sens. Où se situe le drame de votre personnage ? À l’intérieur de lui-même, bien sûr. Hollman a consacré sa vie à dénoncer les barbaries d’une guerre absurde qui dure depuis longtemps déjà et qui a modelé d’une façon dramatique le visage du pays. Seulement la majorité des colombiens préfèrent regarder ailleurs, et faire comme si de rien n’était. Tel est le drame de notre personnage : un combat désespéré pour accaparer les yeux et les oreilles d’un public qui, apparemment, ne veut plus ni voir ni entendre. Mais à quel prix ? et jusqu’à quand ? Hollman Morris a eu un droit de regard sur le film ? Non, Hollman n’a pas eu un droit de regard en tant que tel. Il a vu et commenté des séquences pendant le montage, mais dans une optique de dialogue et non de censure. Avec lui, nous avons établi très tôt nos conditions : la mienne était d’avoir accès, avec mon équipe, à tous les moments de sa vie, sans conditions et sans restrictions. La sienne était de pouvoir garder le contrôle de la situation sur le terrain, pour ne pas nous mettre en danger. Je peux dire aujourd’hui que le succès de cette « cohabitation » a résidé dans le respect absolu de ces conditions, ainsi que dans une confiance totale sur le travail de l’autre. Le tout malgré des différences énormes de rythme et de méthode de travail entre son équipe et la mienne. Parlez-nous du tournage, de votre méthode de travail, des conditions de sécurité en terrain. L’équipe de tournage était colombienne. D’abord, pour des raisons de sécurité : à cause des enlèvements et du danger, il serait impensable de faire venir une équipe suisse. Mais aussi parce que ce sont les gens avec lesquels je travaille depuis des années; mon chef opérateur, par exemple, à été présent sur tous les films et reportages que j’ai tournés en Colombie. Et cela donne de conditions de travail rassurantes et particulièrement stimulantes. Témoin indésirable est dans ce sens, la prolongation d’un travail initié il y a des années. Quels ont été vos questionnements, vos doutes , pendant le travail autour de ce film ? Même si je demeure admiratif envers Hollman et son travail, et si je crois profondément à son combat au point de me laisser emporter dans le film dans des séquences qui font l’éloge de l’engagement, rayant dans une personnification héroisante de mon personnage, j’étais tout le long du travail de réalisation, même à l'écriture, accompagné de doutes. Et je suis encore aujourd’hui partagé. Je m'explique : dans les années cinquante, pendant la guerre civile en Colombie, presque un demi million de personnes ont été assassinées à la machette. Lorsque mon grand-père évoquait ces années, c’était pour se plaindre de l’inexistence de la télévision à l’époque :« si je racontais ce que j’ai vu personne ne me croirait, personne ne croirait les choses inhumaines et perverses que l’homme est capable d’infliger aux autres hommes. Personne ne pourrait me croire, car c’est indescriptible. Il aurait fallu voir pour croire. Mais à l’époque il n’y avait pas de télévision pour montrer cela. C’est pour ça que la tuerie a duré si longtemps, pour ça que les gens d'aujourd’hui ne savent pas ce qui s’est passé et pour ça que les gens de demain diront que cela n’a pas eu lieu ». Aujourd’hui mon grand-père est mort. Et aux tueries des années 50 se sont succédées celles des années 80, 90, 2000 alors que la télévision est partout. Mais les gens continuent à ne pas vouloir croire, à ne pas vouloir voir. J’ai vécu la réalisation de ce film tenaillé entre ma foi dans le pouvoir des images pour changer le monde comme mon grand-père, et le « réalisme sceptique » de beaucoup de gens d'aujourd’hui, le renoncement à toute forme de communication et de dénonciation … d’espoir en somme. Intellectuellement, je doute parfois, mais à la fin c’est le regard de mon grand-père qui l’emporte, car autrement il serait impenssable de continuer à vivre. test5
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